La fabuleuse histoire d’Estienne de Cloyes

Par eurelien.fr
//  Publié le
23-02-2014
//  Mis à jour le 13-04-2015
Temps de lecture : 13 min

Estienne de Cloyes est un jeune berger en 1212. Sa vie va basculer, ainsi que celle de milliers d’autres enfants, lorsqu’il lancera son appel à la croisade pour délivrer Jérusalem. L’aventure est incroyable, le dénouement tragique. 

En juin 1212, Cloyes-sur-le-Loir fut le point de départ d’une incroyable histoire, une mystérieuse aventure, où se mêle la fièvre liturgique à une dimension sociale, dont l’épilogue se termine en tragédie. C’est la croisade des enfants, dont la ville de Cloyes a célébré le 800e anniversaire l’an dernier. Alors qu’il menait ses moutons, Estienne, jeune berger âgé d’une quinzaine d’années, voit apparaître le Seigneur sous les traits d’un pauvre pèlerin. Ce dernier l’investit d’une mission de porter des écrits au roi de France, Philippe Auguste. Il devient un jeune prêcheur et tente de convaincre d’autres bergers de son âge de monter à Paris. Il nourrit un autre désir, tout aussi profond : aller en Terre sainte délivrer Jérusalem aux mains des Sarrasins. Ses premières déclarations s’effectuent sur le parvis de la chapelle romane Notre-Dame-d’Yron de Cloyes. Cette croisade se situe dans un contexte historique marquée par une position critique du haut clergé vis-à-vis d’elle, une atmosphère propice au mouvement de foule et par l’échec des précédentes croisades.

30 000 enfants de France

Une histoire tramée de ferveur

Vers la côte méditerrannéenneDe là, le jeune Estienne entame une marche en direction de Saint-Denis. De ville en ville, il réussit à convaincre une foule toujours plus nombreuse, constituée de "pueri", d’enfants pauvres de France âgés de 7 à 14 ans, de bergers, estimée – peu vraisemblable selon les historiens – à 30 000 personnes. Le roi Philippe Auguste est informé de cette croisade ; il consulte et décide de renvoyer les enfants dans leurs foyers. De là le mythe commence…

Car les chroniques de cette histoire ont été écrites par Albéric des Trois-Fontaines plus de 30 ans après les faits. Aucune trace ne mentionne le passage de cette nuée de personnes entre Paris et Marseille, pourtant si nombreuse... Ils font alors route vers la côte méditerranéenne pour rejoindre la Terre sainte ; selon la prophétie d’Etienne, la mer va s’ouvrir pour leur laisser un passage. Avançant ainsi au chant de « Seigneur Jésus, rendez nous la Sainte-Croix », ces pèlerins aux ressources faibles parcourent  le royaume, munis de bâtons, besaces, croix et encensoirs. Les parents peinent à retenir leurs enfants, obnubilés par l’aura mystique et l’auto-sacralisation d’Etienne. Les maraîchers et producteurs agricoles restent passifs devant ces gens affamés, voyageant dans des conditions difficiles. Beaucoup souffrent et périssent en route.

L'histoire rejoint le mythe

Estienne de Cloyes circule sur un char orné de teintures. Il bénéficie d’une protection rapprochée, car en tant que personnage idolâtré investi d’une mission charismatique, les "pueri" veulent le toucher. On dit de lui « qu’un simple fil arraché à son vêtement pourrait porter bonheur ! ». D’après les chroniques, ils sont 7000 à leur arrivée à Marseille. La prophétie échoue, mais deux marchands leur proposent leur aide. Le cortège embarque sur sept nefs, entassé comme des bêtes avec la peur du futur. Après deux jours en mer, une violente tempête conduit aux naufrages de deux navires, près de l’île San Pietro au sud de la Sardaigne, où une chapelle marquerait aujourd’hui le souvenir de cet événement. Le plus tragique reste à venir… Au lieu d’emmener les "pueri" en Terre sainte, les deux marchands jettent l’encre à Bougie en Algérie et à Alexandrie pour les vendre aux chefs arabes, en tant qu’esclaves. Personne ne sut comment le jeune berger prénommé Estienne, originaire de Cloyes-sur-le-Loir, termina sa vie. Et pas un seul ne revit ses parents.

La Chapelle d'Yron

Cette chapelle est édifiée au début du XIIe siècle, un an après la construction du prieuré attenant. Elle se distingue par la sobriété de son architecture romane et de la qualité des peintures murales intérieures : l’une d’elles, La crucifixion du Christ, n’existe à travers le monde qu’en deux exemplaires. Sa semblable étant à Rome. Située à un kilomètre de la ville, près des sources de l'Yron, cette chapelle est classée monument historique depuis 1929. Deux vitraux en l’église Saint-Georges de Cloyes rappellent la croisade 1212. Le premier, fabriqué en 1812 à l’occasion du 600e  anniversaire, évoque l’appel d’Estienne près de la chapelle ; le second, refait en 1946, illustre l’embarcation des enfants dans les nefs à Marseille. 

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